Sociologie

Pour en finir avec l’argument “Les banlieusards deviennent criminels car ils sont pauvres”

Vous avez tous probablement entendu comme argument pour justifier les exactions des jeunes issus des banlieues : “Oui mais tout ça, c’est lié à la pauvreté.” Très souvent, ce sera d’ailleurs l’unique argument de votre contradicteur. La question est donc, faut-il se fier à cette version des faits devenue vérité absolue tant elle tourne en boucle depuis des années ? Ou bien peut-on légitimement la remettre en cause ?

Mon conseil est le suivant : interrogez donc votre interlocuteur quant à ses sources, il se contentera probablement de vous citer un article bienpensant quelconque. Demandez-lui maintenant des chiffres, des tableaux, quelque chose sur quoi se baser objectivement et non l’opinion subjective d’un bobo Rive-Gauche. Étant plus que probable qu’il n’en trouve pas, ne reste plus qu’à lui présenter (entre autres) celles issues de cet article.

Pour commencer, un extrait du livre d’Agnes Roche “Les classes populaires dans le monde rural” qui vient fortement nuancer l’idée reçue comme quoi les banlieusards seraient les français les plus pauvres :

Si vous souhaitez en approfondir la lecture, voici le lien amazon dudit livre : Agnès roche : Des vies de pauvres

Le constat de cet écrivain serait donc que contrairement au mythe tenace, les personnes vivant avec le moins de revenus en France seraient en fait les ruraux. On parle bien ici du revenu légal et déclaré : je ne m’engagerai pas ici sur la piste savonneuse des deals et autres petits trafics dans les cités. On sait tous qu’ils existent et assurent une part non négligeable des revenus, de là à les chiffrer et à en tirer une moyenne par personne – sachant qu’il y a tout de même une part non négligeable de banlieusards qui ne dealent pas ! – cela deviendrait pure spéculation. Bref nous resterons ici uniquement sur le terrain des revenus légaux des campagnards et des banlieusards (ou du moins leur train de vie – logement notamment). Pour ce faire, étudions ensemble les chiffres officiels de l’Insee :

Le classement des revenus par région / Insee 2013

Le classement ci-dessus ne nous offre que des informations relativement globales. On notera tout de même que l’Ile de France reste en tête de classement avec un revenu mensuel moyen déclaré par foyer fiscal en 2013 de 2732 euros. On peut légitimement se poser la question de savoir si réellement toutes les banlieues parisiennes étaient si pauvres que ça, ne feraient-elles pas basculer la région plus bas dans le classement ?

A part les DOM-TOM qui clôturent le classement, on note aussi que la dernière région qui occupe la place 22 avec un revenu mensuel moyen déclaré par foyer fiscal de 1824 euros est le Limousin. Une région où le taux de fécondité est faible et le taux de personnes de plus de 60 ans est le plus élevé de France. Question : avez-vous entendu parler de vagues de crimes en Creuse ou en Corrèze ? On peut à priori ici en conclure que si les plus “pauvres” ne sont pas forcément les plus criminogènes, ce n’est pas non plus le cas des personnes âgées (quel scoop!).

L’Insee nous tient également informés des différences de niveaux de vie et des indices de pauvreté en France :

La pauvreté par régions en France / Insee 2013

On y apprend notamment que “C’est en Île-de-France, en Rhône-Alpes et en Alsace que les niveaux de vie médians sont les plus élevés. Dans l’Ouest, les inégalités de revenus sont les plus faibles, alors qu’elles sont les plus fortes en Île-de-France. Les taux de pauvreté sont les plus élevés en Languedoc-Roussillon, en Provence – Alpes – Côte d’Azur, dans le Nord et en Seine-Saint-Denis.”

Oui je sais, il y a marqué Seine-Saint-Denis : cela pourrait prêter à confusion et confirmer l’idée reçue comme quoi les banlieues, notamment parisiennes, seraient bel et bien les plus pauvres… sauf qu’il n’y a qu’elle de mentionnée. Quid de Aulnay-sous-Bois, Montfermeil, Clichy-sous-bois , La Courneuve, Aubervilliers, Epinay-sur-Seine et j’en passe ? Si on ne parle que de Saint-Denis, peut-être est-ce l’exception et non la règle…

Cette carte issue du même document officiel recense les divers taux de pauvreté par département en 2013 et vient corréler les observations faites en début de post : les régions les plus pauvres se situent majoritairement dans les zones rurales, et notamment dans le centre Ouest de la France. Maintenant, comparons donc ladite carte avec celle des “chiffres de la délinquance en France” de 2014 par l’Internaute, qui recense le nombre de crimes et délits pour 1000 habitants. Il s’agit d’une carte interactive, je vous invite donc à cliquer sur le lien suivant afin de mieux suivre la suite de mes commentaires :

Crimes et délits par 1000 habitants (l’Internaute)

Comparer TOUS les départements serait trop long et inutilement exhaustif, je me bornerai seulement à deux constatations qui résument à mon sens la situation :

  • l’Essone et la Seine et Marne font partie des départements en France où il y a le moins de pauvres (ceux représentés en blanc, à savoir moins de 10%) : ils font paradoxalement partie des plus criminogènes avec des taux respectifs de 53 et 59 crimes et délits pour 1000 habitants en 2014.
  • la Creuse et le Cantal font partie des départements en France où il y a le plus de pauvres : ils gagnent pourtant la palme des départements les PLUS SURS de France avec chacun le taux ridicule de 23  crimes et délits pour 1000 habitants (trois fois moins que le département des Alpes Maritimes par exemple, qui pourtant recense beaucoup moins de pauvres…)

En soi, ces deux illustrations devraient suffire à elles seules à prouver que la théorie de la corrélation pauvreté=criminalité n’est que pure affabulation.

Toujours pas convaincus ? Jetons un coup d’œil au prix moyen d’un appartement. Faites le test vous-même si vous voulez, pour ma part j’ai simplement tapé “achat immobilier appartement” sur se-loger.com, respectivement en Seine Saint Denis et en Eure-et-Loir. J’aurais tout à fait pu, pour accentuer ma démonstration, comparer Saint Denis et par exemple le Cantal (une région sûre mais “pas très recherchée” car loin de tout), j’aurais obtenu des différences de prix absolument hallucinantes. Mais je me suis ici contenté, par honnêteté intellectuelle, de comparer le coin le plus criminogène d’Ile de France (85 crimes et délits pour 1000 habitants, rien que ça!) avec un département raisonnablement loin de la capitale, donc des commodités usuelles (et au taux de crimes et délits pour 1000 habitants médian, à savoir 38).

Achat immobilier en Seine st Denis

Achat immobilier en Eure et Loir

Pour information, ce test a été effectué le 16/12/17 et j’ai pris les deux premiers résultats de recherches, je n’ai donc rien sélectionné intentionnellement. Il s’avère ainsi qu’entre un 58m² à Montreuil (93) et un 50m² à Chartres (28), vous avez près de 45 000 euros de différence. Ce qui signifie en substance que pour le même budget à savoir environ 170 000 euros, vous pouvez obtenir un logement allant de 20 à 30 m² de plus en quittant l’une des banlieues les plus chaudes de France pour aller dans un département quasi-limitrophe et plus sûr.

Partant de là et si votre qualité de vie irait en s’améliorant, pourquoi les banlieusards s’évertuent-ils à rester sur place ? Vous allez me dire à cause du travail, parce qu’ils en ont un et qu’ils ont peur de ne pas en trouver ailleurs ?

Perdu :

Oui, la Seine Saint-Denis est de loin le département français où il y a le plus de chômage. Et on l’a vu, les prix immobiliers sont loin d’être les plus attractifs. Encore une fois et dans ces conditions, pourquoi les gens y restent-ils ? Personne ne les y oblige. Pas plus les français de souche que les immigrés arabo-musulmans, qui à l’heure actuelle constituent la majorité des occupants desdites banlieues. On connait tous le mythe gauchiste consistant à dire que leur présence est due au grand méchant blanc colonisateur qui les y a parqués dans les années 60. Si cela était vrai et toujours d’actualité, il faudrait nous expliquer comment certains allogènes ont réussi à s’en extraire sans peine (portugais, italiens, polonais…) et d’autres non (arabo-musulmans)…

Fatalité ? Complot ? Ou bien simple volonté de rester entre-soi, dans des enclaves où la police n’a plus accès et où votre voisin a la même religion, la même culture et la même couleur de peau que la votre ? Et s’il fallait se pencher sur ce genre de raisons sociologiques plutôt que sur l’éternelle culpabilité du français de souche responsable de tout et de rien à la fois ?

Je rajouterai ici une dernière source provenant de l’écrivain Laurent Obertone dont je vous conseille la lecture des divers ouvrages (d’ailleurs chroniqués sur ce blog) et qui m’a fortement inspiré pour ce post :

“Non, la criminalité n’est pas forcément liée à la pauvreté” (Atlantico)

Il y tient notamment ce propos à la fois cynique et juste illustrant ma réflexion plus haut : “Un observateur attentif remarquera qu’autour des banlieues il n’y a pas de miradors et de factionnaires prêts à tirer dans le dos des fuyards.” Sans parler du fait qu’on ne compte plus les nombreuses politiques d’aides financières aux banlieues au détriment d’autres régions de France bien plus pauvres et qui sont pourtant systématiquement exclues de cette aide providentielle. Ceux qui sont continuellement pointés du doigt comme des victimes sont pourtant dans les faits bel et bien privilégiés face à certains.

Deux remarques finales pour conclure et synthétiser ce post : la première c’est qu’entre les petits trafics, les allocations, et leur train de vie affiché (un studio en banlieue parisienne reste bien plus cher qu’en zone rurale), les banlieusards ne sont pas si pauvres que ça. Ce qui amène à la seconde remarque complémentaire démontrée ici, les français les plus pauvres, proportionnellement, sont ceux qui vivent dans les zones rurales.
Partant de ce constat, posez donc la question suivante aux bobos autour de vous : est-ce que les “campagnards” pillent, violent et tuent ? Est-ce qu’ils revendiquent des droits en brûlant des voitures ? Si c’est le cas alors il faut croire que les statistiques policières ne sont pas à jour et que les journaux locaux ne font par leur travail correctement.
Plaisanterie mise à part, si la réponse est négative (et elle l’est), alors peut-être bien que, comme démontré dans cet article, le facteur pauvreté ne peut à lui seul expliquer voire justifier la violence des cités, violence quasi-inexistante dans nos campagnes…

Peut-être faut-il y chercher d’autres sources ? Peut-être ne serait-ce rien d’autre qu’une excuse crée de toutes pièces par des esprits chagrins trop pressés de déculpabiliser le jeune de banlieue, allégorie même de l’être pur et innocent qui n’agirait nuisiblement que sous la contrainte extérieure ?

Mais “c’est une autre histoire” comme dirait l’autre ! Enfin disons plutôt, un autre article…

 

  1. C’est un article intéressant mais fort malheureusement incomplet sur le sujet. Je m’explique, pour avoir parlé de cette question avec une personne qui se situait très à gauche, cette dernière m’a sorti un autre argument (foireux mais Très répandu aussi) : la racisme inhérent des Français à l’endroit des populations banlieusardes. En effet, au-delà de la pauvreté, qui n’est pour le gauchisme souvent perçue que comme une conséquence malheureuse, c’est surtout le refus de la France (et des recruteurs en général) d’intégrer ces individus à la vie économique du pays du fait de la discrimination qu’elle leur imposerait à l’embauche et dans la vie quotidienne qui fait figure de cause première à partir de laquelle découle la délinquance.

    On est d’accord cette excuse ne tient pas deux secondes la route puisque nous vivons dans une dictature du politiquement correct se situant précisément à l’opposé d’une telle “politique raciste et discriminatoire de grande envergure”. Bien au contraire c’est la “discrimination positive” qui règne en maître et l’homme blanc qui est considéré comme un oppresseur et un privilégié par les plus hautes instances au pouvoir : politique, enseignement, justice, associations rémunérées et médias principalement.

    Cependant il est bon de rappeler certaines évidences, comme vous le faites ici. Un autre article sur cette question du “racisme” supposé des Français (de souche) avec un détricotage en bon et due forme de ce présupposé gauchiste par excellence serait une bonne idée.

    *veuillez s’il vous plait supprimer mon premier commentaire, je me suis trompé, merci

    • Joe Bauers

      Certes, les gauchistes ont plein d’autres excuses qui méritent eux-mêmes leurs propres contre-argumentaires et donc leur article dédié : celui-ci se bornait en l’espèce à répondre de façon structurée au plus fréquent – à savoir la pauvreté – mais on peut effectivement envisager d’autres développements sur d’autres idées reçues !

  2. sylvain

    en addition à votre article, nous pourrions également juxtaposer la condition des Ukrainiens qui vivent dans des banlieues beaucoup BEAUCOUP plus vétustes et grandes que nos amis de la diversité mais qui ne se plaignent pas et transforment leurs “citées” en jardins fleuris à l’Européenne plutôt que de se plaindre à longueur de temps.
    Voir le vlog d’un Français en Ukraine (obligé de s’héberger sur Minds car ils ont fait sauter sa chaîne sur YT) qui met en opposition la société multiraciale et le monde parfaitement homogène comme l’Ukraine.

    https://www.minds.com/media/725748301403529226

    pour un aperçu “clair” sur cet état de fait. Rappelons que l’Ukraine est le pays le PLUS PAUVRE D’UKRAINE et pourtant…

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