Sociologie

Pour en finir avec l’argument “Les musulmans sont les principales victimes du terrorisme”

Qui que vous soyez, homme ou femme, de gauche ou de droite, quel que soit votre âge ou votre milieu social, vous avez forcément entendu un jour ou l’autre cette sentence, parfois même sans avoir cherché à provoquer le débat :

“Les musulmans sont les principales victimes du terrorisme”

Les articles de la Oumma et/ou de Big Brother utilisant cette phrase en entête sont absolument innombrables, je ne m’amuserai pas ici à les référencer, je vous en mets seulement un en exemple :

Entête du Monde du 9/9/15, soit deux mois avant le Bataclan : on appréciera le timing

Cette phrase en apparence anodine est  devenue un totem idéologique asséné quotidiennement au petit peuple par ce cher Big Brother. La sphère bienpensante et la sphère islamiste se sont alliées pour vous servir sur un plateau ce constat qu’ils voudraient vérité universelle, vérité qui à force d’être dite, répétée, matraquée, le devient pour beaucoup de gens qui ne prennent plus aucun recul sur cette affirmation.

Je vous invite donc à revenir ensemble sur cette simple phrase, et à en analyser le sens : d’abord factuellement, puis idéologiquement. Vous verrez que les deux aspects peuvent de prime abord sembler similaires mais qu’en réalité, ils sont complètement différents.

1/Factuellement

Qu’entend-on par “Les musulmans sont les principales victimes du terrorisme” ? Cette phrase peut à priori recouvrir plusieurs sens :

-littéralement, elle signifie que la plupart des morts dus au terrorisme islamiste sont des personnes d’origine musulmane. (A)

-de façon plus poussée et si on ne la prend pas au pied de la lettre, elle signifie que ceux qui subissent le plus de conséquences nuisibles dues au terrorisme islamiste sont des personnes d’origine musulmane. (B)

Concernant la première affirmation (1A), inutile de tourner autour du pot : elle est vraie.

90% des victimes de Daech sont des civils musulmans

D’après cet article les victimes civiles musulmanes de terrorisme seraient, entre 2001 et 2015, de l’ordre de 126 000 personnes. Un chiffre évidemment à prendre avec des pincettes, les diverses sources n’étant pas toujours raccords. Mais j’imagine qu’on ne doit pas être pas loin de la réalité.

Penchons nous maintenant sur l’affirmation 1B, à savoir que ceux qui subiraient le plus de conséquences nuisibles dues au terrorisme islamiste seraient des personnes d’origine musulmane. Encore une fois, si l’on s’aventure uniquement sur le terrain des morts dus au terrorisme, effectivement il y aura plus de familles musulmanes endeuillées que chrétiennes ou bouddhistes. Cela étant, l’opinion publique se permet généralement une interprétation plus large, considérant que ces conséquences nuisibles seraient notamment d’ordre sociologique.

En clair, le terrorisme islamiste jetterait l’opprobre sur le monde musulman dans son entièreté, qu’il s’agisse des musulmans radicalisés ou des intégrés/assimilés. Petite précision, je n’emploie ces termes que par commodité sémantique puisque ce sont ceux employés par Big Brother, considérant comme Zemmour que le terme de “musulman modéré” est un non-sens (…mais attention de ne pas le dire trop fort, les juges rouges veillent (Valeurs Actuelles)).

L’affirmation 1B en soi n’est pas totalement fausse : il y a effectivement une mauvaise image associée aux musulmans en général et ce à cause dudit terrorisme islamiste (euphémisme). Je me permettrais toutefois une nuance de taille dans cette affirmation, ou plutôt dans l’écho qu’elle trouve dans les pays occidentaux : accepter cette sentence sans réserve reviendrait à admettre qu’en France ou ailleurs en Europe (ou dans le monde), un climat d’hostilité généralisé envers les musulmans se serait mis en place pernicieusement après les attentats (ce à quoi répondraient notamment de nombreuses publicités “anti-racistes et anti-islamophobes” propagées par notre bienveillant Big Brother).

Oui mais non.

Avez-vous vu de grands soulèvements populaires, des ratonnades dans les banlieues, une augmentation sensible des agressions contre les musulmans ? Pas moi. Si vous avez des sources – autres qu’un éventuel lâcher de lardons sur une mosquée – je suis preneur. La réalité est que même le terrorisme islamiste ne parvient pas à briser le bouclier de bienveillance dont bénéficient les musulmans, bouclier qu’ont fabriqué au fil des générations les populations occidentales dites “progressistes”.  On a eu droit au sempiternel slogan “Vous n’aurez pas ma haine”, force est de constater qu’il est vrai pour une immense majorité de la population. A ce jour, les musulmans vivant dans des pays occidentaux ne se sont pas vus persécutés du jour au lendemain. Ça se saurait.

Et là certains me diront “Oui mais les Rohingyas alors ?” Clôturons ce débat en rappelant que cela n’a aucun rapport avec le terrorisme islamiste. D’autres me parleront de Trump et de son fameux décret “interdisant l’accès sur le sol américain de citoyens musulmans”. Sauf que ce décret est temporaire et ne concerne qu’une liste restreinte d’États, pas forcément musulmans d’ailleurs (Corée du Nord par exemple). Et qu’en plus de ça, il est régulièrement suspendu par les juges (Trump encore une fois paralysé (LCI)).

Bref, OUI les musulmans dits intégrés doivent supporter les conséquences indirectes et indésirables du terrorisme islamiste sur leur propre image. Mais sont-ce les principales victimes collatérales, là est la question, la grande majorité pouvant continuer à vivre normalement et librement. Qu’en est-il alors du citoyen lambda non-musulman ? Il ne craint certes pas ladite opprobre publique puisqu’il peut légitimement se désolidariser du leitmotiv idéologique des terroristes. Mais peut-être a-t-il d’autres craintes…

Car oui la véritable question est qui a le plus peur au final ? En France par exemple, est-ce que ce sont les “musulmans modérés” qui ont peur des français de souche qui les assimileraient à tort à des intégristes ? Ou bien est-ce que c’est ce fameux FDS qui, attentat après attentat, se recroqueville sur lui-même, n’osant même plus lever les yeux devant la moindre racaille de cité, contester le port d’un voile, voire exprimer le moindre propos critique qui pourrait éventuellement passer pour islamophobe ?

Demandez-vous sérieusement dans quel camp est la peur après chaque attentat, vous en viendrez progressivement à la conclusion suivante : le FDS est terrifié même s’il refuse de l’admettre. Chaque attentat ne le rend pas plus islamophobe, du moins pas sur le “terrain”, il le rend plus trouillard encore qu’il ne l’était auparavant. Il vote pour Macron parce qu’il a peur de fâcher les islamistes en votant à droite. Il modère ses propos parce qu’il craint d’être taxé d’islamophobe voire d’être massacré façon Charlie Hebdo. Il perd toujours plus de terrain face à l’Islam au nom du multiculturalisme. Il se tait ou bien il collabore.

A mon humble avis, l’exemple français peut être transposé à l’Occident de façon générale. L’affirmation 1B me semble donc à nuancer dans son interprétation classique : autant l’affirmation 1A est inattaquable (cf nombre de morts), autant dire que les musulmans subiraient automatiquement le plus de conséquences nuisibles dues au terrorisme est un propos carrément discutable.

2/Idéologiquement

On l’a vu dans la première partie, la phrase “Les musulmans sont les principales victimes du terrorisme” est factuellement vraie. Elle l’est déjà un peu moins sur le terrain des conséquences (voir 1B). Cerise sur le gâteau, elle devient carrément mensongère si on l’analyse d’un point de vue idéologique.

Car contrairement à ce qu’elle voudrait nous faire croire, la sentence de Big Brother n’est pas juste factuelle et/ou littérale : elle vise à nous mettre dans le crâne que quel soit le temps, le lieu ou les circonstances, les musulmans seraient fatalement les premières victimes du terrorisme. Fatalement ? C’est ce que nous allons voir…

Attentat en Egypte du 25/11/17 (Nouvel Obs)

A travers ce récent drame survenu dans une mosquée en Égypte (pas moins de 300 morts), Big Brother se fait l’écho de cet illustre mantra, nous rappelant une nouvelle fois à nous, sales petits occidentaux braillards et islamophobes, que LES MUSULMANS SONT LES PREMIÈRES VICTIMES DU TERRORISME. Vous n’avez toujours pas pigé ? Alors vous aurez droit à des chiffres, des tableaux, des récapitulatifs, en veux tu en voila. Illustration :

Et la journaliste de conclure crânement : les actes terroristes sont en majorité perpétrés en Orient, et plus particulièrement dans des pays musulmans, et non pas en Occident, à contre-courant de l’imaginaire collectif qui prospère depuis le 11 septembre 2001.

Ah mais c’était donc ça ? Quelle surprise ! Les musulmans seraient donc les premières victimes du terrorisme car le terrorisme frappe d’abord les pays musulmans ! Cette vérité somme toute d’une logique absolue n’est en réalité pas vraiment un argument en faveur de l’idéologie de Big Brother comme il tend à le (faire) croire : c’est en fait tout l’inverse et c’est exactement là où je veux en venir dans cette deuxième partie.

Posez-vous cette simple question : où vivent la majorité des terroristes islamistes ? Certes, pas encore dans les banlieues parisiennes même s’ils y sont de plus en plus nombreux. Non, à l’heure actuelle les terroristes vivent en très grande partie dans des pays musulmans. Pourquoi ? Mais parce qu’ils sont musulmans eux aussi et qu’il s’agit de leur lieu de naissance. Jusque là vous me direz que je me contente de Lapalissades. Certes, mais voila la suite du raisonnement : les musulmans sont les premières victimes en terme de morts dus au terrorisme parce que les terroristes jouent à domicile, tout simplement. Ils tuent ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis, à savoir des mécréants – soit en l’espèce de “mauvais musulmans” – mais sont-ils leurs principaux ennemis ? Tuent-ils ces fameux musulmans parce que c’est leur cible prioritaire ou bien parce que ce sont eux qu’ils ont sous la main ?

“Imaginons” cette mise en situation : les terroristes sont sur le sol français, où subsiste encore une large majorité de français de souche. Y vivent néanmoins une part non négligeable de musulmans voire de “mauvais musulmans” pour l’EL (qui picolent, font la fête, etc…). Les deux types de cibles sont donc envisageables, or quand les terroristes ont CE choix-là, qui frappent-ils ? Quand ils peuvent SOIT tuer en nombre des FDS chrétiens ou athées SOIT tuer en nombre des “mauvais musulmans”, sachant que TOUS sont des mécréants à leurs yeux : que font-ils dans les faits quand ils ont l’opportunité de choisir QUI TUER ?

Réponse : ils s’attaquent à un concert des Eagles of Death Metal au Bataclan : un public composé à 99% de blancs, donc de non-musulmans.  Vous allez me dire que c’est un malencontreux hasard ? Régulièrement en France se déroulent d’énormes concerts de Gradur, Lacrim, Booba, j’en passe et des “meilleurs” : toutes les semaines et ne serait-ce qu’en terme de concerts, les terroristes pourraient massacrer des publics entiers de jeunes musulmans fêtards. Le font-ils ? Non.

Est-ce que c’est une mosquée qui a été attaquée à Saint Étienne du Rouvray ? Non. C’est une église.

A la gare St-Charles de Marseille, capitale du multiculturalisme où toutes les races et les religions sont quotidiennement représentées, qui a été poignardé à mort ? Deux blanches FDS.

Moralité, quand les terroristes ont le choix entre tuer des mécréants chrétiens ou bien des mécréants “mauvais musulmans”, ils choisissent les premiers. Et ne venez pas me parler du 14 juillet 2016 : OUI il y avait des victimes de toutes confessions, mais la seule conclusion qu’on peut en tirer c’est que l’assassin a fait le choix de ne pas faire de choix (dans ses cibles), et aucunement qu’il a voulu attaquer des cibles musulmanes en priorité.

Dire que les “Les musulmans sont les principales victimes du terrorisme” parce qu’il s’agirait là d’une volonté évidente du terrorisme islamiste est faux et malhonnête.

Cela serait vrai si devant une liberté de choix qui s’offrait à eux, les terroristes allaient systématiquement frapper les musulmans en priorité. Or ce n’est pas le cas. Les terroristes tuent principalement dans les pays musulmans parce qu’ils vivent dans ces pays, parce qu’ils n’ont pas encore tous franchi les frontières les séparant de l’Europe : ils se “contentent” donc des cibles sur place. Relisez le Coran ou bien éventuellement les livres l’étudiant (Chronique du livre d’Oukacha sur ce même site) : il y a une hiérarchie évidente des cibles pour le terroriste islamiste ; certes il déteste les “mauvais musulmans” mais Dieu sait que celui qu’il abhorre plus que tout, c’est l’incroyant – du moins celui qui ne croit pas en Allah. Si le terroriste le pouvait – d’un point de vue physique, territorial – il est plus que probable qu’il s’occuperait d’abord des “infidèles” chrétiens plutôt que de la “mauvaise herbe” musulmane.

La preuve ? Le cas des chrétiens d’Orient. Les coptes en Egypte notamment. Tous ces milliers de gens régulièrement attaqués, persécutés, terrorisés par l’EL. Ceux dont on ne parle pas (contrairement aux Rohyngas), ou si peu.

Le funeste sort des chrétiens d’Orient (Le Monde)

D’après l’article “En six ans de conflit en Syrie, la communauté chrétienne du pays est passée de 1,25 million à environ 500 000 fidèles, selon ADF International.” Si ça ce n’est pas de la haine pure et de la persécution, je ne sais pas ce que c’est. Bien sur en termes de mort dus au terrorisme ils restent derrière les musulmans, mais uniquement parce que les musulmans sont plus nombreux qu’eux dans ces territoires. CQFD.

Conclusion (1+2) : Big Brother se sert d’une vérité factuelle pour vous faire avaler une contre-vérité idéologique.

Dire que les musulmans sont majoritaires en terme de victimes du terrorisme ne veut pas dire pour autant, paradoxalement, qu’ils constituent la cible prioritaire du terrorisme islamiste. Certes ils ne portent pas les”mauvais musulmans” dans leur cœur mais ils haïssent le modèle occidental bien plus encore. Si les autres religions sont encore derrière les musulmans sur le podium victimaire, c’est uniquement parce que l’expansion géographique de l’Islam politique n’est pas encore arrivée à son terme – du moins dans son offensive actuelle (20/21e siècle).

Attendez que les musulmans soient majoritaires en Occident (ça ne saurait tarder) et on verra si le jour où il y aura autant de “radicalisés” dans les pays occidentaux que dans leurs pays d’origine, les musulmans seront encore les “premières victimes”.

On prend les paris ?

 

  1. christine billerault

    moi je suis de votre avis mais les gens Français de souche (pas tous heureusement) ne voient pas le danger s’installer ! moi je le sens et cela me fait très peur pour notre pays et pour notre culture tellement belle et lumineuse le contraire de cette religion obscure qui va plonger le monde dans les ténèbres

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